Test - 8BitDo 64 Bluetooth Controller : la manette N64 du XXIe siècle ?

Une manette N64 avec un stick Hall Effect, 36 heures d'autonomie et une compatibilité Switch, Android et PC, le tout pour 39,99 € : la promesse est séduisante, mais mérite qu'on y regarde de plus près.

La manette Nintendo 64 originale occupe une place à part dans l'histoire du jeu vidéo. Avec sa forme en trident à trois branches et son unique stick analogique central, elle était pensée pour un usage très précis, et honnêtement, elle n'a pas vieilli en matière d'ergonomie. Depuis quelques années, plusieurs fabricants tiers tentent de réconcilier le layout de boutons N64 avec un format de manette moderne : c'est précisément ce que propose 8Bitdo avec sa 64 Bluetooth.

Conçue à l'origine pour accompagner la console rétro Analogue 3D, elle s'est progressivement imposée comme une solution polyvalente pour les joueurs qui souhaitent parcourir le catalogue N64 sur Switch, sur émulateur ou sur le hardware d'origine. À 39,99 €, elle se positionne légèrement en dessous de la manette officielle Nintendo NSO pour Switch, qui s'échange autour de 49,99 €. Nous l'avons testée sur Switch, émulateur PC et Nintendo 64 via adaptateur.

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Ce qu'on a aimé

Une qualité de fabrication qui ne laisse aucun doute

Dès la première prise en main, le niveau de finition du 8BitDo 64 Bluetooth Controller surprend positivement. Le plastique utilisé est dense, mat et homogène, rien à voir avec les contrôleurs tiers bas de gamme que l'on croise parfois sur ce segment. Le poids de l'ensemble (226 g, contre environ 233 g pour la manette officielle NSO) est bien équilibré et la coque ne craque pas sous les doigts. Les boutons A, B et C disposent d'un rebond net et d'une course courte, ce qui les rend particulièrement réactifs. 8BitDo a réussi le tour de force de produire quelque chose qui ressemble de très près à du hardware first-party, une impression d'autant plus marquante que la texture de la coque et la taille des boutons sont proches de celles de la manette NSO officielle.

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Le stick Hall Effect et sa gate octogonale

C'est probablement l'argument technique le plus solide de la manette. Le stick analogique utilise une technologie Hall Effect à base d'aimants, ce qui élimine théoriquement le problème de drift par usure progressive, un fléau bien connu des sticks classiques à potentiomètre. La gate est octogonale, fidèle à l'esprit N64 mais plus proche dans son design de celle de la GameCube, avec huit positions de référence qui facilitent les mouvements cardinaux et diagonaux. Le stick clique également (simulation d'un input L3), ce qui peut trouver une utilité hors du catalogue N64. De notre côté, les mesures effectuées n'ont révélé aucune zone morte intolérable, et le ressenti global sur Mario 64, F-Zero X ou Zelda : Ocarina of Time s'est montré cohérent et précis.

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Un D-pad au-dessus du lot

Le D-pad du 8BitDo 64 Bluetooth Controller est l'un des meilleurs que nous ayons eu entre les mains sur ce format de manette. Les saisies sont nettes, les diagonales accidentelles rares, et la course de chaque direction est suffisamment courte pour ne pas gêner dans les jeux de rythme ou les plateformers 2D. Comparé à la manette NSO officielle, dont le D-pad est sensiblement plus mou et amorti, celui de la 8BitDo offre davantage de précision tactile. Pour les jeux de combat ou les titres nécessitant des inputs directionnels rapides (on nommera par exemple Street Fighter, Killer Instinct Gold, Dr. Mario), c'est un vrai atout.

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Une autonomie et une connectivité taillées pour un usage quotidien

La batterie annoncée est de 1 000 mAh pour une autonomie estimée à 36 heures, ce qui se vérifie dans la pratique : la manette ne demande que rarement à être rechargée, et on a tiré 40 heures de notre première charge. La charge s'effectue via USB-C, port désormais universel et bienvenu. En Bluetooth 5.0, la manette se connecte sans accroc à la Switch (1 et 2), à Android et à Windows : un simple interrupteur physique au dos permet de basculer entre le mode Switch (S) et le mode générique (D, pour tous les autres appareils). La connexion sur Switch est immédiate, la manette étant reconnue nativement comme un contrôleur N64. Le 8BitDo 64 Bluetooth Controller fonctionne également avec l'Analogue 3D et sur Nintendo 64 originale via adaptateur Bluetooth comme le BlueRetro, ce qui lui confère une polyvalence rare dans cette gamme de prix.

La mise à jour firmware : simple une fois qu'on sait comment faire

L'outil 8BitDo Ultimate Software permet de vérifier et d'installer les mises à jour firmware directement depuis Windows. La procédure demande une petite attention : il faut connecter la manette en maintenant simultanément L et R pour accéder au mode maintenance, sinon la mise à jour s'effectue silencieusement sans réel retour visuel et peut échouer. Une fois cette subtilité intégrée, le processus se déroule sans complication : une barre de progression confirme l'avancement, et la mise à jour prend moins d'une minute.

Ce qu'on n'est pas sûrs d'avoir aimé

L'inversion stick/D-pad : une question de profil

Le 8BitDo 64 Bluetooth Controller adopte le layout moderne, avec le stick analogique en haut à gauche et le D-pad en bas, soit l'exact opposé du placement originel sur la manette N64 (où le stick central trônait au milieu de la branche centrale, et le D-pad en haut à gauche). Pour quelqu'un qui a grandi avec des manettes Xbox ou PlayStation, cette disposition est relativement naturelle et ne nécessite aucun temps d'adaptation. Pour un joueur avec des milliers d'heures passées sur la manette d'origine, c'est une autre histoire, mais ce profil-là n'est probablement pas la cible première de ce produit. Les boutons C, positionnés à droite là où se trouverait un second stick analogique, ne nous ont pas particulièrement gênés dans les jeux N64 classiques.

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La double étiquette « Z » : une confusion passagère

La manette dispose de deux gâchettes arrière droite : l'une correspond au Z historique de la N64, l'autre au ZR introduit par la Switch NSO (et toutes deux sont étiquetées « Z »). C'est visuellement déroutant au premier regard, mais fonctionnellement les deux boutons sont bien distincts dans les émulateurs et sur Switch. Dans les menus NSO, le ZR sert à afficher l'application en cours, on finit par ne plus y penser. C'est une décision de design discutable, mais l'impact pratique reste limité.

L'absence de remapping système sur Switch

La manette étant reconnue comme un contrôleur N64 par la Switch, il n'est pas possible d'effectuer un remapping au niveau du système d'exploitation. Seul le remapping via l'application NSO N64 est disponible. Pour l'usage strictement N64, cela ne pose aucun problème. En revanche, si l'on souhaitait utiliser la manette sur d'autres jeux Switch (ce pour quoi elle n'est pas vraiment conçue), les options restent limitées. Il n'y a pas non plus de fonction "wake-up" pour la Switch 2, une petite lacune qui pourrait être corrigée par mise à jour firmware.

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Ce que l'on a moins aimé

Un usage PC avancé qui demande de la patience

C'est le point le plus problématique si l'on souhaite dépasser l'usage N64/émulateur. Les boutons C sont mappés par défaut en tant que stick analogique virtuel (entrée DirectInput), ce qui les rend incompatibles avec la plupart des applications qui n'acceptent que des entrées discrètes, dont Steam. Le logiciel 8BitDo Ultimate Software ne supporte pas ce modèle, ce qui signifie qu'il n'existe aucune solution de remapping native.

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Pour contourner le problème sur Steam, il faut retravailler les entrées sur jusqu'à trois couches différentes : d'abord traduire le stick virtuel en D-pad dans les paramètres Steam Input, puis mapper ce D-pad vers les boutons souhaités, puis enfin reconfigurer les touches dans le jeu lui-même, pour chaque titre. Par ailleurs, la manette fonctionne en DirectInput, et certaines applications ne reconnaissent que le protocole XInput (standard Xbox), ce qui nécessite l'installation d'un logiciel tiers d'émulation. En résumé : si l'objectif est exclusivement de jouer à des jeux N64 via émulateur ou sur Switch/Analogue 3D, aucun souci. Pour un usage PC polyvalent avec des jeux modernes, le setup peut devenir fastidieux.

La configuration sur N64 originale nécessite un ajustement

Lorsqu'on connecte la manette à un Nintendo 64 original via un adaptateur Bluetooth comme le BlueRetro, le bouton B est reconnu par défaut comme C-Bas, ce qui rend le jeu impossible dès les premières secondes. La correction est accessible et documentée (il suffit de modifier le mapping dans l'interface web du BlueRetro) mais elle n'est pas automatique et peut déstabiliser un utilisateur qui n'est pas familier avec ce type d'outil. Une fois le remapping effectué et sauvegardé, tout fonctionne normalement.

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La version 2.4 GHz : plus limitée qu'il n'y paraît

Il existe une variante 2.4 GHz de la 8BitDo 64 (au même prix de 39,99 €), livrée avec un dongle propriétaire. Cette version affiche une latence théorique de 3 à 6 ms contre 16 ms et plus pour le Bluetooth, un écart qui, en pratique sur écran LCD gaming, se révèle difficile à percevoir à l'œil nu. En contrepartie, elle sacrifie la compatibilité Switch et Android pour une connexion dédiée N64/Analogue 3D/Windows uniquement. Le dongle dépasse aussi légèrement du port, ce qui peut poser un problème de solidité en cas de choc. Sauf à jouer sur CRT avec une sensibilité extrême à la latence, la version Bluetooth reste le choix le plus polyvalent et le plus pratique.

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Crache ton bit, Myrhdin

La 8BitDo 64 Bluetooth fait ce qu'elle annonce, et elle le fait bien. C'est une manette solide, bien finie, avec un stick Hall Effect anti-drift et une autonomie généreuse, qui s'adresse clairement à un public précis : le joueur habitué aux manettes modernes qui veut redécouvrir le catalogue N64 sur Switch, Analogue 3D ou émulateur, sans se battre avec l'ergonomie trident de l'époque.

Pour ce profil, à 39,99 €, le rapport qualité-prix est honnête et la prise en main est quasi immédiate. Là où les choses se compliquent, c'est dès qu'on sort de cet usage premier : l'absence de support dans le 8BitDo Ultimate Software est une vraie lacune, et le mapping des boutons C en stick analogique virtuel est un choix technique qui peut vite devenir un casse-tête sur PC.

Nous gardons cette manette sans hésiter pour jouer à Mario 64 ou GoldenEye, moins sûrement pour la glisser dans une session Steam multi-titres.

Ce test a été réalisé par Myrhdin avec un produit fourni par le constructeur. Sa rédaction n'est le fruit d'aucune transaction financière entre le rédacteur ou JeuxOnLine et le constructeur ou les entreprises le représentant.

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