Test - Regenbox V2 : un chargeur pour piles jetables

Un chargeur français qui promet de régénérer vos piles alcalines usagées par micro-pulsations. Assemblé à partir de composants recyclés, il vise à réduire le milliard de piles vendues chaque année.

La France consomme environ un milliard de piles par an, dont 600 millions ne sont jamais recyclées. Face à ce constat environnemental préoccupant, la Regenbox V2 propose une approche inhabituelle : régénérer les piles alcalines non rechargeables grâce à une technologie de micro-pulsations électriques.

Assemblé en France à partir de composants recyclés et vendu 69€, ce dispositif s'adresse autant aux foyers soucieux de réduire leur impact écologique qu'aux utilisateurs d'appareils électroniques gourmands en énergie. Le principe repose sur l'envoi de courants de faible intensité (40mA) qui permettent de récupérer partiellement la capacité d'une pile alcaline usagée, prolongeant ainsi sa durée de vie au-delà de son cycle d'usage initial.

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Pour évaluer son efficacité réelle, nous avons sorti de la cave une collection de 237 piles accumulées sur plus d'une décennie, certaines ayant commencé à couler – un rappel des dangers du stockage prolongé de batteries usagées.

Ce qu'on a aimé

Une fabrication française et responsable

La Regenbox V2 est entièrement assemblé en France à partir de composants recyclés, une démarche qui s'inscrit dans la logique écologique portée par le produit lui-même. Cette approche de fabrication locale réduit l'empreinte carbone liée au transport et favorise une économie circulaire. Le boîtier présente une construction robuste sans fioritures, avec un design purement fonctionnel qui privilégie la durabilité à l'esthétique.

L'appareil intègre également une fonctionnalité de mise à jour, garantissant une certaine pérennité face à d'éventuelles améliorations logicielles. Cette combinaison entre recyclage des matériaux, production locale et évolutivité technique constitue un ensemble cohérent pour un produit dont l'argument principal reste la réduction des déchets électroniques.

Une simplicité d'utilisation désarmante

Le fonctionnement de la Regenbox V2 se résume à l'essentiel : on insère les piles, on appuie sur le bouton et un code couleur indique leur état. Les voyants verts signalent les piles déjà suffisamment chargées, les rouges identifient celles trop déchargées pour être récupérées (généralement en dessous de 1V), et les oranges indiquent le processus de régénération en cours.

Cette interface minimaliste élimine tout écran superflu et toute complexité inutile. L'absence de réglages ou de paramètres à configurer rend l'appareil accessible même aux utilisateurs peu familiers avec l'électronique. Nous avons particulièrement apprécié cette approche directe qui évite la surenchère technologique souvent observée sur ce type d'équipement. La prise en main est immédiate et ne nécessite aucune consultation de manuel.

Une efficacité mesurable sur les piles moyennement déchargées

Sur notre lot de 237 piles testées, 95 se sont révélées réutilisables après régénération, soit environ 40% du total hors piles déjà fonctionnelles (64). Les piles présentant une tension résiduelle entre 1,1V et 1,3V ont systématiquement bénéficié du traitement le plus favorable, atteignant des tensions comprises entre 1,4V et 1,45V après un cycle de charge. Ces valeurs, bien qu'inférieures aux 1,5-1,6V d'une pile alcaline neuve, permettent une utilisation dans de nombreux appareils peu gourmands en énergie.

Nous avons notamment réutilisé ces piles régénérées dans des télécommandes, horloges murales et claviers sans fil, où elles ont fonctionné plusieurs mois sans défaillance notable. La capacité récupérée atteint en moyenne 50% de la charge d'origine, avec des pics à 60% dans les meilleurs cas – une performance inférieure aux "jusqu'à 80%" annoncés par le fabricant, mais suffisante pour justifier l'opération sur le plan écologique.

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Un complément au chargeur de piles rechargeables classiques

La Regenbox V2 intègre également une fonction de chargement pour batteries NiMH et NiCd traditionnelles, transformant l'appareil en solution deux-en-un. Cette polyvalence permet de centraliser la gestion énergétique du foyer sur un unique dispositif, évitant ainsi l'encombrement de multiples chargeurs. Pour les utilisateurs possédant déjà des accumulateurs rechargeables, cette fonctionnalité supplémentaire justifie partiellement l'investissement en remplaçant un chargeur NiMH standard.

Les performances sur ces batteries classiques se révèlent conformes aux attentes, avec des cycles de charge complets en 4 à 8 heures selon la capacité. Cette dualité d'usage répond à une réalité pratique : de nombreux appareils électroniques, particulièrement les jouets pour enfants, sont encore livrés avec des piles alcalines non rechargeables qu'il serait dommage de jeter immédiatement après le premier usage.

Ce qu'on n'est pas sûrs d'avoir aimé

Un comportement parfois imprévisible

La Regenbox V2 affiche occasionnellement des réactions déconcertantes face à certaines piles, refusant de les traiter pour ensuite les accepter quelques heures plus tard sans intervention de notre part.

Nous avons observé des situations où une pile initialement classée en rouge (irrecupérable) passait en mode de charge orange lors d'un second essai effectué quelques heures après. Cette inconsistance complique l'évaluation de l'état réel des batteries et nécessite parfois plusieurs tentatives avant d'obtenir un diagnostic définitif.

Plus rarement, le voyant orange se met à grésiller sans raison apparente, suggérant un dysfonctionnement temporaire du circuit de charge.

Ces comportements aléatoires ne compromettent pas la sécurité d'utilisation mais génèrent une incertitude quant à la fiabilité du processus de régénération, obligeant à revérifier manuellement certaines piles au voltmètre pour confirmer leur état.

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Une tension nominale inférieure aux piles neuves

Les piles régénérées atteignent un maximum de 1,45V contre 1,5 à 1,6V pour des alcalines neuves, une différence qui peut poser problème dans certains appareils exigeants. Cette limitation intrinsèque à la technologie de régénération restreint le champ d'application des batteries traitées. Les appareils équipés de circuits de protection se coupent généralement autour de 1,2V par pile, et une tension de départ plus faible réduit mécaniquement la durée d'utilisation avant d'atteindre ce seuil.

Pour des équipements peu gourmands comme les télécommandes ou les horloges, cette différence reste imperceptible. En revanche, pour des appareils plus exigeants comme les manettes de jeu sans fil ou les lampes LED puissantes, la performance se révèle nettement inférieure à celle de piles neuves, avec une autonomie réduite de moitié dans nos observations.

Un nombre de cycles limité et une dégradation progressive

La capacité récupérable diminue sensiblement à chaque cycle de régénération, passant d'environ 50% lors de la première charge à 30-35% au troisième cycle. Cette dégradation progressive s'explique par la nature fondamentalement non réversible de la chimie alcaline, qui accumule des composés cristallins réduisant la surface active des électrodes.

Nous avons constaté qu'après 6 à 8 cycles selon les marques, les piles atteignent un plateau où la régénération n'apporte plus qu'une capacité dérisoire, rendant leur utilisation peu pertinente même pour des appareils à très faible consommation. Cette limitation soulève la question de l'intérêt réel du dispositif face aux batteries NiMH rechargeables classiques, qui supportent 500 à 1000 cycles avec une dégradation bien moindre. La Regenbox V2 s'inscrit donc dans une logique d'optimisation de l'existant plutôt que de remplacement durable des piles jetables.

Ce qu'on a moins aimé

Une rentabilité économique difficile à démontrer

L'amortissement de la Regenbox V2 à 69€ pose question face aux alternatives disponibles sur le marché. En considérant un pack de quatre piles alcalines de marque distributeur à environ 2€, il faudrait théoriquement régénérer l'équivalent de 138 piles pour rentabiliser l'investissement – un calcul qui ignore la dégradation progressive de la capacité récupérable. Dans les faits, la capacité récupérée lors d'une régénération représente au mieux 60% de celle d'une pile neuve, ce qui signifie qu'une pile régénérée équivaut économiquement à 0,6 pile neuve, rallongeant d'autant le seuil de rentabilité.

Pour un foyer disposant déjà de batteries rechargeables NiMH de 2000-2500mAh, l'argument économique s'effondre : ces accumulateurs coûtent environ 8-10€ le pack de quatre et supportent plusieurs centaines de cycles complets, avec une capacité stable sur la durée. Le calcul devient encore moins favorable si l'on intègre le coût énergétique de la régénération.

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Des temps de charge particulièrement longs

La régénération d'un jeu de quatre piles nécessite entre 3 et 8 heures selon leur état initial, une durée considérable qui contraste avec les 1 à 2 heures suffisantes pour charger des NiMH sur un chargeur rapide. Cette lenteur s'explique par la technologie de micro-pulsations à 40mA, nécessaire pour éviter d'endommager la structure chimique des piles alcalines, mais elle limite considérablement l'usage pratique du dispositif.

Nous avons constaté que cette contrainte temporelle incite finalement à constituer un stock de piles régénérées en avance, reproduisant le même schéma de gestion que celui des piles neuves.

Une limitation technologique fondamentale

Le principe même de la régénération de piles alcalines bute sur un plafond chimique infranchissable lié à la nature non réversible des réactions électrochimiques en jeu. Contrairement aux technologies lithium-ion ou NiMH conçues dès l'origine pour être rechargées, les piles alcalines subissent des transformations irréversibles lors de la décharge, formant des cristaux d'oxydes métalliques qui obstruent progressivement les électrodes.

La technologie de micro-pulsations parvient à remodeler partiellement ces dépôts cristallins et à restaurer une fraction de la surface active, mais ne peut en aucun cas inverser complètement le processus. Cette limitation physique explique pourquoi même les fabricants de piles alcalines "rechargeables" ont abandonné ce segment de marché au profit des technologies intrinsèquement réversibles. La Regenbox V2 repousse certes les limites de cette contrainte, mais ne peut prétendre offrir une alternative viable aux véritables accumulateurs rechargeables.

Une incompatibilité avec les piles profondément déchargées

Sur notre lot de 237 piles, 78 ont été rejetées immédiatement par le dispositif avec un voyant rouge, indiquant une tension trop faible pour permettre la régénération. Ces piles, généralement en dessous de 1V, présentent une dégradation chimique trop avancée pour que les micro-pulsations produisent un effet mesurable. Cette limitation exclut d'emblée toutes les batteries stockées trop longtemps ou ayant subi une décharge complète dans un appareil oublié. Certaines de ces piles montraient des signes de fuite, avec des dépôts cristallins blanchâtres autour des bornes – un rappel des dangers du stockage prolongé de batteries alcalines usagées.

Pour maximiser l'efficacité de la Regenbox, il faut donc impérativement récupérer les piles dès qu'elles cessent de fonctionner dans un appareil, et non attendre qu'elles traînent des années au fond d'un tiroir. Cette contrainte de réactivité va à l'encontre des habitudes de la plupart des foyers, où les piles usagées s'accumulent souvent avant d'être jetées en bloc.

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Crache tes piles à plat, Myrhdin

La Regenbox V2 tient ses promesses techniques en parvenant à régénérer des piles alcalines usagées, mais peine à convaincre sur le plan économique face aux batteries rechargeables classiques.

Son intérêt principal réside dans l'optimisation écologique de piles non rechargeables déjà possédées – notamment celles fournies avec les innombrables jouets électroniques pour enfants. Pour un jeune parent confronté à l'addiction de sa progéniture aux gadgets lumineux et sonores, l'appareil offre une solution de transition acceptable, permettant de prolonger de quelques cycles l'existence de piles jetables avant leur recyclage définitif. Cette approche pragmatique ne remplace toutefois pas l'investissement dans de véritables accumulateurs NiMH, qui demeurent la solution rationnelle à long terme avec leurs centaines de cycles possibles et leur capacité stable.

À 69€, la Regenbox s'adresse donc à une cible spécifique : les foyers soucieux d'écologie disposant d'un stock de piles alcalines à valoriser, et non aux utilisateurs recherchant une rentabilité économique immédiate.

Nous aurions apprécié des performances plus proches des 80% annoncés et un comportement moins aléatoire, mais la technologie accomplit déjà l'exploit de repousser les limites d'une chimie fondamentalement non réversible.

Pour notre usage personnel, il constitue un complément utile à notre parc de rechargeables, permettant d'extraire un maximum d'énergie résiduelle avant le recyclage – une démarche davantage philosophique qu'économique.

Ce test a été réalisé par Myrhdin avec un produit fourni par le constructeur. Sa rédaction n'est le fruit d'aucune transaction financière entre le rédacteur ou JeuxOnLine et le constructeur ou les entreprises le représentant.

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