Test - ROG Xbox Ally : Microsoft s'égare dans les consoles portables

La collaboration entre Microsoft et Asus accouche d'une console portable Windows au positionnement flou. Entre performances limitées et tarif peu compétitif, on peine à trouver la cible.

Microsoft multiplie les initiatives pour élargir l'écosystème Xbox au-delà de ses consoles traditionnelles. Après avoir transformé PC Game Pass en service unifié et étendu sa présence sur diverses plateformes, le géant de Redmond s'attaque désormais au marché des consoles portables PC.

La ROG Xbox Ally, fruit d'une collaboration avec Asus, représente la première incursion matérielle de Microsoft dans ce segment dominé par le Steam Deck de Valve. Cette machine blanche arbore fièrement les couleurs Xbox et promet d'apporter l'expérience console Microsoft dans un format nomade équipé d'un écran de 7 pouces.

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Sous le capot, on retrouve un processeur AMD Ryzen Z2 A avec 4 cœurs et 8 threads, accompagné de 16 Go de mémoire LPDDR5-6400 et d'un SSD PCIe 4.0 de 512 Go. La machine se positionne comme une alternative aux autres consoles portables PC du marché, avec une particularité de taille : elle fait tourner Windows 11 dans une interface repensée aux couleurs Xbox.

Proposée à 599 euros, cette ROG Xbox Ally s'adresse théoriquement aux joueurs PC et aux abonnés Game Pass désireux de transporter leur ludothèque partout avec eux. Mais la promesse tient-elle face à la concurrence établie et aux attentes légitimes que génère un tel tarif ? Nous avons passé plusieurs semaines avec cette machine pour démêler le vrai du faux.

Ce qu'on a aimé

Une ergonomie pensée pour le confort

L'ergonomie constitue sans conteste le point fort majeur de cette ROG Xbox Ally. Asus et Microsoft ont manifestement consacré du temps à repenser la prise en main, et cela se ressent immédiatement lorsqu'on saisit l'appareil. Contrairement à la plupart des consoles portables PC qui adoptent des grips relativement intégrés au châssis principal, la ROG Xbox Ally arbore des poignées protubérantes directement inspirées des manettes Xbox de dernière génération. Ces grips en forme d'ailes offrent un équilibre remarquable qui répartit efficacement les 670 grammes de la machine et réduit considérablement la fatigue lors des sessions prolongées. Nous avons pu enchaîner plusieurs heures de jeu sans ressentir de crampes ou d'inconfort particulier, même si nous conseillons de trouver une position adaptée pour optimiser le confort sur la durée. La texture appliquée sur les grips garantit une préhension solide sans jamais donner l'impression que l'appareil risque de glisser des mains.

Le placement des boutons a été entièrement repensé avec des sticks et des boutons face ABXY positionnés de manière quasi-parfaite pour les pouces. Les boutons délivrent un clic satisfaisant et réactif, tandis que les sticks offrent une course précise. On note la présence d'un bouton Xbox proéminent sur la gauche de l'écran qui donne accès rapide à une surcouche Game Bar permettant de naviguer dans la bibliothèque, discuter avec ses amis ou ajuster les paramètres sans quitter totalement le jeu. À l'arrière, deux boutons programmables ont été positionnés de façon réfléchie pour éviter les pressions accidentelles, même s'ils restent un peu petits et parfois difficiles à atteindre naturellement. 

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Une interface Windows repensée qui fonctionne

L'un des défis majeurs des consoles portables PC sous Windows réside dans l'adaptation d'un système d'exploitation conçu pour souris et clavier à une utilisation tactile ou à la manette. Microsoft et Asus ont développé ce qu'ils nomment l'Xbox Full Screen Experience, une interface en plein écran qui transforme radicalement l'approche de Windows sur un tel appareil. Dès l'allumage, nous sommes accueillis par une interface familière pour quiconque possède une Xbox, avec une bibliothèque de jeux centralisée qui agrège les titres provenant du Game Pass, de Steam, de Battle.net, d'Epic Games Store ou encore de GOG. Une véritable aubaine pour ceux qui abusent aussi des nombreuses offres de Prime Gaming.

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Cette unification représente un gain de temps considérable puisqu'il n'est plus nécessaire de jongler entre différents launchers pour accéder à sa ludothèque. La configuration initiale a été soigneusement optimisée pour permettre une navigation complète aux sticks et boutons, éliminant le besoin frustrant de recourir à l'écran tactile pour les réglages de base. L'installation des différents launchers tiers se révèle étonnamment simple grâce à des liens pré-configurés accessibles depuis la section "Mes applications". En quelques minutes, nous avons pu télécharger et installer Steam, Battle.net et Epic Games Store, et tous nos jeux sont apparus automatiquement dans l'interface Xbox principale. Cette approche multiplateforme constitue un avantage indéniable par rapport aux écosystèmes fermés, et elle concrétise la promesse d'une ludothèque véritablement universelle.

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Microsoft a également travaillé sur l'optimisation en arrière-plan : lorsqu'un jeu se lance, le système réduit automatiquement les processus Windows superflus et dédie davantage de ressources au jeu lui-même. Cette gestion intelligente améliore les performances et contribue à préserver l'autonomie. Le système Xbox Play Anywhere mérite également d'être souligné pour les joueurs multi-supports, car il permet de reprendre une partie exactement là où on l'avait laissée sur PC fixe ou Xbox, grâce à la sauvegarde cloud transparente. Pour les abonnés Game Pass, la ROG Xbox Ally devient de facto un appareil privilégié avec un accès instantané au catalogue complet du service.

Une connectivité bien pensée et des outils de personnalisation

La ROG Xbox Ally bénéficie d'une connectivité complète qui facilite son utilisation au quotidien et en situation de jeu fixe. On trouve deux ports USB 3.2 Gen 2 Type-C sur le dessus de l'appareil, tous deux compatibles DisplayPort 1.4 et Power Delivery 3.0, ce qui représente une amélioration significative par rapport au ROG Ally original qui n'en proposait qu'un seul. Cette double connectique permet de charger la console tout en maintenant un périphérique connecté, qu'il s'agisse d'un casque, d'un contrôleur externe ou d'un écran via DisplayPort. Pour étendre le stockage, un lecteur de cartes microSD UHS-II est présent sur la tranche supérieure.

La connectivité sans fil n'est pas en reste avec Wi-Fi 6E triple bande et Bluetooth 5.2, garantissant des débits solides pour le cloud gaming ou le téléchargement de jeux volumineux. Une prise jack 3.5 mm classique permet de brancher n'importe quel casque audio. Le chargeur 65W fourni dans la boîte assure une recharge relativement rapide de la batterie de 60 Wh, une capacité en hausse par rapport aux 40 Wh du ROG Ally d'origine. Un petit stand est également inclus pour faciliter l'utilisation en mode posé sur un bureau.

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Côté logiciel, l'application Armoury Crate SE d'Asus offre un contrôle approfondi sur les paramètres système. Accessible via un bouton dédié Command Center sur la gauche de l'écran, cette interface propose des raccourcis rapides pour ajuster le volume, la luminosité, surveiller les performances en temps réel, limiter le framerate ou activer AMD Radeon Super Resolution. L'application complète dévoile des options pour créer des profils de performance personnalisés (Silent à 6W pour préserver la batterie, Performance à 15W pour l'équilibre, Turbo à 20W pour les performances maximales, et Manuel avec réglages de 4 à 24W), calibrer les contrôles, gérer l'éclairage RGB des sticks, configurer les connexions réseau et même optimiser la gestion de la batterie pour prolonger sa durée de vie. 

Ce qu'on n'est pas sûrs d'avoir aimé

Un écran correct mais sans éclat particulier

L'écran de 7 pouces en définition Full HD (1920x1080) avec un taux de rafraîchissement de 120 Hz et le support FreeSync Premium livre une expérience visuelle correcte sans jamais réellement impressionner. La dalle IPS offre une luminosité maximale de 500 nits qui se révèle suffisante pour jouer dans des environnements intérieurs normalement éclairés, mais qui montre ses limites en extérieur ou face à des sources lumineuses directes. Pour comparaison, le Steam Deck OLED atteint 1000 nits tout en proposant une technologie d'affichage supérieure, et même la Nintendo Switch 2 propose désormais un écran plus grand avec des bordures plus fines. La protection Gorilla Glass apporte certes une réduction des reflets et une meilleure résistance aux rayures (40% de mieux selon Asus), mais cela ne compense pas l'absence d'une dalle OLED qui aurait apporté des contrastes plus profonds et des noirs véritablement noirs. La couverture colorimétrique de 100% de l'espace sRGB est honorable pour un appareil de ce type, et les couleurs restent fidèles sans dérive notable.

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Cependant, lorsqu'on observe l'appareil de face, les bordures relativement épaisses autour de l'écran donnent une impression de surface utile réduite par rapport aux dimensions globales de la console. Cette sensation est accentuée par la largeur substantielle des grips latéraux qui font paraître l'écran encore plus petit qu'il ne l'est réellement. Le taux de rafraîchissement de 120 Hz avec VRR constitue un atout théorique intéressant, mais dans les faits, nous avons rarement pu exploiter cette caractéristique puisque les performances du processeur Ryzen Z2 A peinent à atteindre des framerates aussi élevés sur des jeux récents ou exigeants. 

Au final, cet écran remplit son office sans démériter, mais il n'apporte aucun argument différenciant face à la concurrence, et on peut légitimement regretter qu'Asus et Microsoft n'aient pas choisi d'investir dans une dalle OLED pour justifier davantage le positionnement tarifaire.

Un Windows toujours présent malgré les efforts

Malgré les efforts déployés pour masquer Windows derrière l'interface Xbox Full Screen Experience, le système d'exploitation de Microsoft reste omniprésent et rappelle régulièrement sa présence de façon plus ou moins agréable.

C'est un point positif pour certains, qui pourront mettre ou faire ce qu'ils voudront sur la console à la manière d'un PC portable, mais, dans le cadre d'une utilisation comme console portable, cela s'avère problématique sur plus d'un point.

Si l'expérience peut effectivement rester cantonnée à l'interface Xbox pour des sessions de jeu simples, il suffit de quelques utilisations pour se retrouver confronté à des pop-ups Windows typiques (on a cru qu'on allait arrêter notre test au pop-up Edge demandant de confirmer son utilisation par défaut), un écran de verrouillage au design "productivité bureautique".

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L'interface Xbox, bien que fonctionnelle, souffre de problèmes de réactivité et de stabilité qui la placent loin derrière SteamOS et son Big Picture Mode, sans même parler des interfaces consoles véritables comme celle de la Xbox One dont elle s'inspire pourtant. Nous avons constaté des ralentissements occasionnels lors de la navigation dans les menus, et l'interface a parfois perdu le focus lorsqu'une application tierce générait une notification inattendue. Dans certains cas, nous avons même dû faire face à des blocages complets nécessitant un redémarrage de l'interface. Ces incidents restent relativement rares mais ils brisent l'illusion de l'expérience console unifiée que Microsoft tente de créer.

De plus, certaines fonctions de base attendues sur une console sont absentes de l'interface Xbox, comme la possibilité de consulter et gérer l'espace de stockage disponible ou de paramétrer finement la connexion internet. Ces options se trouvent soit dans l'application Armoury Crate d'Asus, soit directement dans Windows. Et c'est justement là que le bât blesse : tôt ou tard, il devient inévitable de basculer sur le bureau Windows classique pour régler un problème, modifier un paramètre avancé ou installer un logiciel particulier. À ce moment-là, l'expérience console s'évapore complètement et nous nous retrouvons face à l'interface tactile de Windows qui reste fondamentalement peu adaptée à une navigation sans souris ni clavier. Le dimensionnement des éléments n'est pas toujours optimal, la navigation au contrôleur se révèle maladroite sur certains menus, et l'ensemble donne une impression de maison à mi-chemin entre une vraie console et une application PC. Paradoxalement, le Steam Deck avec SteamOS parvient mieux à créer une illusion de console dédiée malgré ses propres limitations.

La ROG Xbox Ally reste fondamentalement un PC Windows portable avec toutes les forces et faiblesses que cela implique.

Une autonomie correcte mais dépendante des usages

La batterie de 60 Wh représente une amélioration bienvenue par rapport aux 40 Wh du ROG Ally original, et Microsoft communique sur des durées d'utilisation qui peuvent sembler attrayantes sur le papier. Dans la pratique, nous avons obtenu des résultats variables selon les scénarios d'usage. En poussant les optimisations au maximum et en nous cantonnant à des jeux très peu demandeurs comme Balatro ou Brotato, nous avons atteint environ 4h45 d'autonomie. Ce chiffre peut paraître honorable, mais il soulève immédiatement une question légitime : pour ce type de jeux minimalistes en termes de ressources graphiques, n'aurions-nous pas été mieux servis par un simple smartphone ou une Nintendo Switch ?

L'intérêt d'une console portable PC Windows équipée d'un processeur AMD et de 16 Go de RAM devient en effet discutable lorsqu'on l'utilise principalement pour des titres qui tournent parfaitement sur des appareils bien moins puissants et bien moins coûteux. Dès que nous passons à des jeux plus exigeants visuellement ou qui sollicitent davantage le processeur, l'autonomie chute drastiquement. Sur des titres AAA récents, même en réglages bas, nous peinons à dépasser les 2h30 à 3h d'utilisation continue, ce qui limite sérieusement la portabilité réelle de l'appareil pour des déplacements prolongés.

La ROG Xbox Ally nécessite donc une certaine discipline dans le choix des jeux et une gestion active des profils de performance via Armoury Crate pour trouver le meilleur compromis entre fluidité et endurance. Le mode Silent à 6W préserve effectivement la batterie mais bride considérablement les performances, rendant certains jeux difficilement jouables. Le mode Performance à 15W offre un équilibre acceptable, tandis que le mode Turbo à 20W vide la batterie à une vitesse préoccupante.

Cette gestion manuelle permanente de la consommation électrique brise quelque peu l'expérience "plug and play" promise par l'interface console. Certes, la charge via USB-C Power Delivery permet de brancher n'importe quel chargeur compatible en déplacement, mais cela revient à reconnaître que l'autonomie native reste un point de vigilance constant plutôt qu'un argument de vente convaincant.

Ce qu'on a moins aimé

Des performances insuffisantes pour justifier le positionnement

Le processeur AMD Ryzen Z2 A constitue le talon d'Achille majeur de cette ROG Xbox Ally, et c'est précisément ce composant qui limite dramatiquement le potentiel de la machine. Avec ses 4 cœurs et 8 threads accompagnés de 8 cœurs graphiques RDNA 2, cette puce affiche des performances qui la rapprochent dangereusement de ce que proposait le Steam Deck original en 2022. Les benchmarks confirment cette proximité inquiétante avec des scores Geekbench 6 qui plafonnent à 1 150 en single-core et 4 300 en multi-core, soit des valeurs quasi-identiques au Steam Deck (1 320 et 4 500 respectivement) et très loin derrière le Ryzen Z1 Extreme qui équipe d'autres appareils de la même gamme de prix avec 2 500 et 11 200 points. Cette faiblesse relative se traduit immédiatement dans l'expérience de jeu quotidienne.

Sur des titres AAA récents et exigeants, la console montre rapidement ses limites. Nous avons vécu une situation particulièrement révélatrice avec Clair Obscur: Expedition 33, un jeu sorti en 2025. Désireux de poursuivre notre partie sur un écran plus discret que notre configuration principale, nous avons lancé la version Xbox PC du jeu pour découvrir avec stupeur que le benchmark intégré recommandait automatiquement les réglages Low. Déterminés à repousser les limites, nous avons tenté de passer en Medium : le jeu a crashé systématiquement au bout de 5 minutes, les ventilateurs hurlant de façon préoccupante, signe évident d'une surchauffe des composants incapables de gérer la charge thermique. Même en Low à 1080p, le jeu peinait à maintenir des framerates acceptables, et nous avons dû nous résoudre à passer en 720p pour obtenir une expérience relativement fluide, quoique visuellement dégradée.

Des titres comme Cyberpunk 2077 se révèlent carrément injouables avec des crashs fréquents et des framerates qui plafonnent autour de 20 FPS quand le jeu consent à se lancer. Avowed et d'autres productions récentes peinent à maintenir 30 FPS stables même après optimisation. À l'inverse, des jeux bien optimisés comme Forza Horizon 5 tournent correctement en visant les 40 FPS en réglages bas, et Doom Eternal peut atteindre 50 FPS à 1080p en High, voire 60-70 FPS en 720p.

Les jeux indépendants et les titres moins exigeants comme Diablo IV, Stardew Valley ou Hollow Knight : Silksong offrent une expérience fluide et agréable avec des framerates confortables. Mais cette constatation soulève une question fondamentale : si la ROG Xbox Ally excelle principalement sur des jeux indépendants et des titres optimisés, en quoi se différencie-t-elle réellement d'un Steam Deck vendu bien moins cher ?

La promesse d'une console portable PC capable de faire tourner "n'importe quel jeu Windows" se heurte à la réalité des composants choisis qui cantonnent l'appareil à un segment de marché étroit, celui des jeux anciens, indépendants ou parfaitement optimisés. Pour quiconque souhaite découvrir les dernières productions AAA dans des conditions satisfaisantes, cette console n'est tout simplement pas à la hauteur.

Un positionnement tarifaire aberrant

À 599 euros, la ROG Xbox Ally affiche un tarif qui la place en porte-à-faux total avec ce qu'elle propose réellement en termes de performances et d'expérience utilisateur. Cette somme dépasse le prix d'une Xbox Series X, console de salon autrement plus puissante, et se rapproche dangereusement du tarif de consoles portables équipées du Ryzen Z1 Extreme bien plus performant.

Mais la comparaison la plus accablante reste celle avec le Steam Deck qui propose une expérience somme toute similaire pour 200 euros de moins dans sa version LCD de base, et seulement 50 euros de moins dans sa déclinaison OLED dotée d'un écran largement supérieur. Les promotions régulières sur le Steam Deck enfoncent encore davantage le clou en ramenant fréquemment son prix sous la barre des 350 euros. Face à ce constat, on peine à comprendre la stratégie de Microsoft et Asus.

Ces deux acteurs majeurs du secteur tech n'ont manifestement pas jugé nécessaire de proposer un positionnement prix compétitif, préférant peut-être compter sur l'attrait de la marque Xbox et l'écosystème Windows pour justifier une prime tarifaire. Cette approche rappelle fâcheusement la récente augmentation controversée du prix du Game Pass qui a démontré une certaine déconnexion entre les décisions commerciales de Microsoft et les attentes (ou l'absence d'attente, dans les faits) de sa communauté.

Le problème s'aggrave lorsqu'on considère que des machines équipées du Ryzen Z1 Extreme, comme le Lenovo Légion Go ou même l'ancien ROG Ally avec ce processeur, se trouvent régulièrement à 599 euros en promotion, voire à moins de 500 euros en reconditionné dans un état excellent. Pour le même prix ou moins cher, nous pouvons obtenir des performances significativement supérieures qui ouvrent véritablement la porte aux jeux AAA récents.

La ROG Xbox Ally standard donne ainsi l'impression désagréable d'être le modèle d'appel, celui qui permet aux constructeurs d'afficher un prix "à partir de" attractif dans leurs communications marketing tout en poussant les clients vers la version X à 899 euros pour une expérience réellement satisfaisante sur les titres exigeants.

Cette stratégie laisse la version de base dans un entre-deux inconfortable : trop chère pour concurrencer le Steam Deck sur le terrain du rapport qualité-prix, trop limitée pour satisfaire les joueurs désireux de faire tourner les dernières sorties AAA dans des conditions acceptables.

La question de la finalité de cette "petite sœur" se pose légitimement : à qui s'adresse-t-elle vraiment, et que propose-t-elle que la concurrence ne fasse pas mieux pour moins cher ?

Un encombrement et un bruit qui ternissent l'expérience

Les dimensions de la ROG Xbox Ally posent question dès lors qu'on la compare à ses concurrentes directes. Si les grips protubérants inspirés des manettes Xbox contribuent effectivement au confort de prise en main, ils augmentent mécaniquement l'encombrement latéral de l'appareil. Cette largeur substantielle crée un décalage visuel avec l'écran de 7 pouces qui, pris en sandwich entre ces extensions volumineuses et entouré de bordures généreuses, semble finalement assez modeste. La Nintendo Switch 2 propose désormais un écran plus grand dans un format qui ne paraît pas plus imposant, ce qui place la ROG Xbox Ally dans une situation inconfortable sur le plan du design industriel.

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Le poids de 670 grammes, sans être rédhibitoire, demande un certain temps d'adaptation et peut poser problème aux utilisateurs dotés de mains plus petites qui peineront à maintenir confortablement l'appareil pendant des sessions prolongées. Il faut trouver la bonne position de préhension et accepter de repositionner régulièrement ses mains pour éviter l'engourdissement, ce qui brise quelque peu l'immersion dans les sessions de jeu intenses.

Mais le point véritablement problématique concerne la gestion thermique et le bruit généré par les ventilateurs. Dès que nous lançons un jeu un tant soit peu exigeant, rappelons-le, même avec des settings bas, les ventilateurs se mettent en route et produisent un sifflement perceptible qui peut rapidement devenir envahissant dans un environnement calme. Même sur des jeux modérément gourmands comme Diablo IV ou Hollow Knight: Silksong, nous entendons distinctement le système de refroidissement travailler. Lorsque nous poussons la machine dans ses retranchements avec des titres AAA en mode Turbo, le bruit atteint des niveaux franchement dérangeants qui nécessitent impérativement l'utilisation d'un casque audio pour préserver un minimum de confort sonore. Cette nuisance acoustique devient particulièrement problématique dans des contextes d'utilisation nomade où l'on ne souhaite pas forcément s'isoler complètement de son environnement avec des écouteurs.

Les haut-parleurs stéréo frontaux équipés de la technologie Smart Amplifier et du support Dolby Atmos offrent un volume sonore suffisant pour couvrir partiellement le bruit des ventilateurs, mais leur qualité audio reste décevante avec des médiums trop présents et un manque flagrant de basses et d'aigus. Pour une expérience audio satisfaisante, un bon casque gaming devient donc indispensable, ce qui représente un coût et un encombrement supplémentaires à prévoir lors des déplacements.

L'ensemble de ces éléments contribue à créer une expérience moins immédiate et moins "pick up and play" que ce qu'on pourrait attendre d'une console portable à ce niveau de prix.

Crache ton alliance, Myrhdin

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Nous aurions sincèrement voulu être enthousiastes face à cette incursion de Microsoft dans le monde des consoles portables PC. L'ergonomie travaillée, l'interface Xbox réussie et la promesse d'un écosystème unifié constituent des bases solides qui auraient pu déboucher sur un produit convaincant.

Malheureusement, la ROG Xbox Ally souffre d'un défaut rédhibitoire : son positionnement. À 599 euros, cette machine demande un investissement conséquent pour livrer des performances qui la cantonnent aux jeux indépendants et aux titres anciens ou parfaitement optimisés, exactement comme un Steam Deck vendu 200 euros de moins. Notre expérience catastrophique avec Clair Obscur: Expedition 33 illustre parfaitement les limites du Ryzen Z2 A face aux productions récentes : crashes répétés, surchauffe manifeste et obligation de jouer en 720p Low pour une expérience à peine acceptable. Pour le même prix, le marché propose des alternatives équipées du Ryzen Z1 Extreme qui débloquent véritablement l'accès aux jeux AAA exigeants, rendant le choix de cette version de base d'autant plus difficile à justifier.

Nous avons l'impression que cette console existe principalement pour permettre à Microsoft et Asus d'afficher un prix d'entrée "raisonnable" dans leurs communications tout en poussant les acheteurs vers l'Ally X à 899 euros. Cette stratégie commerciale fait de la ROG Xbox Ally standard un parent pauvre au positionnement flou, coincée entre un Steam Deck plus abordable et plus cohérent dans son approche, et une grande sœur X plus chère mais enfin capable de tenir certaines de ses promesses sur les jeux récents. Les quelques heures d'autonomie supplémentaires obtenues en se limitant à Balatro ou Brotato ne justifient en rien un tel écart tarifaire, d'autant que ces jeux tournent parfaitement sur un smartphone.

Microsoft rate ici l'occasion de démocratiser réellement son écosystème sur le segment portable. L'effort logiciel mérite d'être salué, mais il ne peut masquer des choix matériels et tarifaires qui desservent l'ensemble. Si vous êtes abonné Game Pass et souhaitez absolument une console portable Windows, attendez les promotions inévitables ou orientez-vous directement vers l'Ally X si votre budget le permet. Pour tous les autres, le Steam Deck reste l'option rationnelle, et la Nintendo Switch 2 l'alternative console la plus cohérente pour le jeu nomade. La ROG Xbox Ally s'adresse finalement à une cible extrêmement réduite, et nous peinons à la recommander sans d'importantes réserves.

Ce test a été réalisé par Myrhdin avec un produit fourni par le constructeur. Sa rédaction n'est le fruit d'aucune transaction financière entre le rédacteur ou JeuxOnLine et le constructeur ou les entreprises le représentant.

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